Thèse de Doctorat: 

Clément SEWADE (2017). Diversité, biomasse foliaire des ligneux fourragers et capacité de charge des terres de parcours des zones de transition Guinéo-Congolaise/Soudanienne du Bénin. Ecole Doctorale des Sciences Agronomiques et de l’Eau. Bénin. 242 pages.

Directeur de thèse : Prof. Dr Ir. Marcel Romuald Benjamin HOUINATO.

RESUME: Les espèces végétales en général et les ligneux fourragers (LF) en particulier sont des essences à usages multiplesqui contribuent de manière significative aux besoins quotidiens des hommes et des animaux. Vu leur rareté dans les terres de parcours, une étude a été conduite dans la zone de transition Guinéo-Congolaise/soudanienne du Bénin auprès des populations riveraines des forêts classées des Monts Kouffé, de Wari-Maro et de l’Ouémé supérieur.Cette étude vise de façon spécifique à (i) évaluer la diversité et la priorité pastorale et de conservation des LF des terres de parcours de la zone Guinéo-Congolaise/soudanienne du Bénin ; (ii) analyser l’influence de l’âge, du sexe et de l’ethnicité sur la perception des valeurs d’usage des LF ; (iii) décrire l’importance et la disponibilité de certaines espèces ligneuses fourragères dans la zone; (iv) élaborer les modèles d’estimation de la biomasse foliaire de trois LF prioritaires des terres de parcours ; (v) contribuer à la compréhension de la dynamique socioculturelle de la zone en rapport avec l’exploitation des LF et les conflits associés. Un échantillon de 220 personnes appartenant à trois groupes ethniques majoritaires (Bariba, Nago et Peul) a été interviewé au moyen d’une enquête semi-structurée. La priorité pastorale est faite au moyen des fréquences de citation et celle pour la conservation est réalisée avec une combinaison de quatre méthodes et neuf critères. Les différentes catégories d’usages ont été définies. La disponibilité qualitative est évaluée par des approches ethnoécologiques alors que celle quantitative est faite parl’étude de la biomasse des LF. La capacité de charge a été déterminée pour la saison sèche dans la zone d’étude.Les résultats montrent que 48 espèces reparties en 17 familles et 37 genres sont utilisées comme fourrage aérien. L’appétibilité, la disponibilité des espèces et leur productivité (au niveau des animaux) sont les critères de choix des LF utilisés par les différents groupes sociolinguistiques. Les préférences des espèces fourragères varient suivant les groupes sociolinguistiques. Afzelia africanaPterocarpus erinaceusKhaya senegalensisVitellaria paradoxa,Mangifera indicaFicus platyphyllaBalanites aegyptiacaAnnona senegalensis, Ficus umbellata et Daniellia oliverisont les dix premiers LF prioritaires identifiés pour la conservation dont la plupart se trouvent prioritaires pour le pastoralisme. Six catégories d’usages ont été notées : aliment, médicine traditionnelle, construction, combustible, médecine vétérinaire et fourrage. Suivant les différentes catégories d’usages, les espèces surexploitées ou sous-utilisées varient selon les groupes sociolinguistiques. Mais globalement, A. Africana, K. senegalensisP. erinaceus etM. indica sont des espèces surexploitées. L’inventaire forestier a permis de répertorier 63 espèces ligneuses de diamètre à hauteur d’homme ≥ 10 cm. Elles sont reparties en 24 familles et 52 genres. Les Leguminosae (28,57 %), sont les familles les plus représentées suivies des Combretaceae (14,28 %). Les Leguminosae sont les familles ayant la plus grande valeur d’importance écologique (FIVI=83,42) alors que Vitellaria paradoxa est l’espèce qui a la plus grande valeur d’importance écologique (SIVI= 42,76) suivie de Isoberlinia doka (41,88), Bridelia ferruginea(22,98), et de Daniellia oliveri (16,18). L’hypothèse d’apparence écologique est vérifiée pour les familles et les types biologiques alors qu’elle ne l’est pas pour les espèces ligneuses fourragères. Les meilleurs modèles qui ont estimé la production de biomasse foliaire de A. africana et P. erinaceus ont été obtenus avec le diamètre à hauteur d’homme qui est un paramètre dendrométrique non affecté directement par les coupes. Pour D. oliveri, le meilleur modèle utilise la hauteur du houppier comme paramètre d’estimation. Globalement, la capacité de charge de chaque espèce est d’environ 0,05 à 0,09 UBT ha-1an-1 pour A. africana ; 0,03 à 0,08 UBT ha-1 an-1 pour P. erinaceus et 0,04 à 0,79 UBT ha-1an-1 pour D. oliveri. Le nombre d’animaux pouvant être nourris de manière durable dans la zone d’étude est de 38 497 UBT pour chaque saison sèche. Des conflits surgissent entre les scieurs et les forestiers, entre les forestiers et les Peuls, entre les agriculteurs et les éleveurs, entre les agriculteurs et les scieurs, entre les forestiers et les agriculteurs. Les stratégies et modes de gestion de ces conflits passent prioritairement par les négociations directes entre les personnes impliquées ou avec l’arbitrage d’une autorité locale. Puisque les espèces prioritaires aussi bien pour le pastoralisme que pour la conservation se sont révélées comme des espèces surexploitées, il est suggéré leur utilisation dans les plans d’aménagement des parcours naturels au cours des activités d’afforestation/reforestation et de reboisement. Tout ceci permettra d’assurer une gestion rationnelle des LF.

Mots clés : Biodiversité, Biomasse aérienne, Disponibilité, Ethnoécologie, ligneux fourragers, Conservation, Bénin.