These de Doctorat:

AVAKOUDJO Julien (2016).  Evaluation des Dongas : Processus, Gestion et Possibilités de mise en valeur dans la Commune de Karimama au Nord du Bénin. Faculté des Sciences Agronomiques de l’Université d’Abomey-Calavi. Aménagement Gestion des Ressources Naturelles.

Promoteur : Professeur Brice Augustin SINSIN.

 

Resume: Le nord du Bénin est marqué par de graves problèmes économiques et environnementaux dus aux « Dongas » et à l’érosion des sols, en particulier dans les bassins de l’Alibori et du Mékrou dans le Parc National du W et sa périphérie. L’objectif de cette thèse est de rechercher une meilleure compréhension des processus et mécanismes de l’érosion du sol et des dongasd’une part, et d’identifier les essences locales de haute valeur d’autre part, en intégrant leur importance socio-économique et culturelle à Karimama afin de développer de meilleures stratégies de réhabilitation des écosystèmes dégradés dans ce milieu.

Ce travail évalue dans un premier temps, la dynamique de l’occupation du sol dans le Parc National du W et sa périphérie à partir d’une analyse diachronique des images Landsat de 1972, de 1990 et de 2008. Les résultats indiquent une régression des formations forestières et savanicoles au profit des espaces agricoles. Cette dégradation du couvert végétal est principalement causée par la démographie, l’agriculture et le surpâturage. L’érosion des sols est l’une des dégradations physiques les plus récurrentes de ces écosystèmes.

Le Parc National du W et sa périphérie sont surtout marqués par la dominance des « dongas« . La distribution spatiale de ce phénomène a été évaluée dans le chapitre 2 et a conduit à l’inventaire et à la classification des dongas. Il existe plus dedongas dans le Parc que dans sa périphérie (c.-à-d. 63,41% contre 36,59%). Les dongas sont installés sur six caractéristiques de sols ferrugineux. On les rencontre sur les sols lessivés et hydromorphes avec respectivement 52,04% et 35,71% des dongas.

Les relations entre les mécanismes conduisant à la formation et au développement des dongas et les causes anthropiques et naturelles ont été évaluées. Plusieurs méthodes à savoir des interviews individuelles et de groupes, des observations de terrain, des mesures d’infiltration de l’eau et de la discontinuité texturale dans le sol ont été utilisées. De même, l’étude des caractéristiques morphologiques et physico-chimiques des dongas ont été réalisées. Les dongas résultent de l’interaction entre les causes anthropiques (destruction du couvert végétal) et naturelles (climat et sol). Le développement des dongas est lié à l’érosion régressive et à la discontinuité texturale qui favorise l’effondrement du sol dans le Parc et sa périphérie. Cette discontinuité texturale est observée dans 83,87% des profils de sol réalisés.

L’étude des précipitations de 1970 à 2014, de leur érosivité dérivée de l’équation de perte de terre (USLE) et de l’indice modifié de Fournier :

(MFI) a montré que les précipitations ont une distribution qui varie de la distribution saisonnière (53%) à une distribution saisonnière très élevée (42%) sur une période de 45 ans avec des valeurs croissantes montrant la concentration des pluies mensuelles. Aussi, l’agressivité des pluies est élevée pendant 7 ans (16% des années individuelles) et très élevée au cours de 38 ans (84% des années individuelles). L’érosivité des pluies est moyennement élevée au cours de 39 ans (87% des années individuelles). La quantité mensuelle des pluies est plus significativement corrélée à l’érosivité des pluies avec la régression puissance à la station de Kandi.

L’effet de l’érosion sur les propriétés physiques et-chimiques du sol dans les zones dégradées (dongas) du Parc W et de sa périphérie nous montre que l’érosion hydrique a commencé par le prélèvement sélectif de fines particules de sol. Elle affecte de manière significative la densité apparente et la porosité du sol. En outre, les teneurs en matières organiques (MO) des sols étaient extrêmement faibles. Bien que l’ampleur de l’érosion n’ait pas affecté significativement les teneurs en MO, elle a cependant réduit de manière significative la capacité d’échange cationique du sol et induit une perte de cations métalliques du sol (en particulier Ca 2+).

En ce qui concerne les actions de restauration, les espèces locales de grande valeur ont été identifiées en tenant compte de leur importance socio-économique et culturelle. Vitellaria paradoxa, Parkia biglobosa, Borassus aethiopumSclerocarya birreaet Tamarindus indica ont été indiqués pour l’amélioration du revenu des paysans tandis que Piliostigma reticulatum a été spécialement mentionné pour la restauration de la fertilité des sols. Ficus sycomorus, Khaya senegalensis, Balanites aegyptiaca, Afzelia africana et Albizia chevalieri ont été identifiées comme pâturage. Pour la mise en oeuvre des actions de restauration, les capacités de cinq espèces de plantes parmi celles proposées par les paysans (Parkia biglobosa, Moringa oleifera, Khaya senegalensis, Jatropha curcas et Balanites aegyptiaca) ont été testées sous deux techniques de conservation des eaux et des sols (demi-lune et Zaï) dans les dongas et versants. La demi-lune a été la meilleure technique tandis que le Zaï est facilement réalisable par les agriculteurs. Jatropha curcas et Balanites aegyptiaca ont montré de meilleurs taux de survie et de croissance en diamètre et en hauteur au stade juvénile après quatorze semaines. Leur adoption dans les stratégies durables de restauration des zones dégradées du Nord-Bénin exige des données supplémentaires de saison sèche.

 

Mots-clés : Dongas, érosion, périphérie, Parc National du W, techniques de conservation des eaux et des sols, Bénin